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Professeur TZR, la loterie

Petit journal d'un prof de musique - Épisode VII

Par Jean-Baptiste le 28 octobre 2014.



Je n'ai pas connu la pire expérience qui soit en tant que TZR, Titulaire sur Zone de Remplacement, si je compare à certains collègues nommés jusqu'à 200 km de leur domicile ou d'autres encore qui ont toutes les peines du monde à obtenir un poste fixe mais j'ai quelques anecdotes sous la main et j'aimerais les partager.

Une première expérience

À l'instar de ma nommination en tant que stagiaire, je connais mon affectation très tard, par ordinateur, sans aucune information complémentaire. Je suis sur un poste de TZR, je suis donc professeur remplaçant et j'ai quelques jours pour faire des voeux de collèges. Ma zone est celle de la ville de Pontoise, dans l'académie de Versailles. Bien. Bien. J'ai demandé l'académie de Versailles. Je souhaitais être proche de Paris mais la distance ne me semble pas excessive et la ville est très bien desservie. Mais attention... Pontoise n'est que la ville au centre de ma zone. La zone en question, après recherches, est de taille importante. Elle débute presque aux portes de Paris pour aller jusque dans l'Oise. Je trouve une carte qui m'indique tous les collèges de la zone. Elle est très bien faite et très utile. Il faut que je m'appuie dessus pour trouver un logement car je ne peux pas attendre de connaître mon collège. Je trouve un logement (pour l'anecdote, j'habiterai à Épinay-sur-Seine pendant un an, en colocation) et je reçois le nom de mon collège, encore une fois, sans le moindre détail.

Je joins le collège en question. Ils ont bien mon nom dans leurs fichiers mais ils ont déjà un professeur de musique à plein temps. Ah... j'apprends donc que je suis rattaché à ce collège mais que je n'y enseignerai pas. Je suis remplaçant de courte durée. Ce qui signifie que je n'aurai pas une affectation à l'année mais un mois par-ci, quinze jours par-là ou même plusieurs mois. Je fais la rentrée des professeurs, sans me sentir tout à fait concerné par toutes ces choses propres à l'établissement. Je rencontre mon collègue de musique et comme je n'ai toujours pas d'affectation, je me propose pour aider au CDI. Je fais la rentrée des élèves en temps qu'assistant bibliothécaire, c'est très sympa, ma présence est utile. Je reviens un ou deux jours jusqu'à ce que la collègue m'invite à rester à la maison, sa tâche n'étant pas démesurée. Chez moi, je suis au calme, c'est sûr, mais... je m'ennuie comme un rat mort mais l'attente est de courte durée. Le 10 septembre, je reçois un coup de téléphone d'un employé du rectorat.

Celui-ci m'informe que je suis attendu le lendemain à 9 heures, non pas pour remplacer un collègue mais pour prendre mon poste de remplaçant à l'année. Je me fais vilipender par la même occasion. Cette personne me reproche de ne pas avoir appelé pour prendre connaissance de mon poste. Bien sûr ce n'est pas comme cela que ça se passe. Ce n'est pas Pôle Emploi, les remplaçants n'appellent pas tous les jours dans l'espoir d'avoir un travail. Je suis en fait nommé à Magny-en-Vexin. Oui, je connais très bien ce nom pour l'avoir rapidement appris par coeur, en regardant la carte de ma zone. C'est le point à l'extrême nord-ouest. Le seul sur lequel personne ne voulait tomber. Sur place, on me fait signer, en toute illégalité, un arrêté d'affectation, anti-daté de 10 jours. Je passe de remplaçant de courte durée à TZR à l'année, ce qui évite au rectorat de payer les indemnités qu'il me devrait. C'est bien dommage car la route est longue et les bouchons fréquents sur l'A15. J'accepte la situation et me dis que l'un dans l'autre, c'est tout de même un collège de campagne et que ça peut être très agréable.
Magny est une ville de campagne habitée par 5000 âmes. Le collège accueille, lui, 1100 élèves... Aïe ! Cherchez l'erreur. Oui. Une quinzaine de cars font la tournée de toutes les cités avoisinantes, sur 20 km. Ce collège ne me laissera pas que des bons souvenirs mais ce n'est pas mon propos ici (je vous parlerai des 4ème11 une autre fois !). La difficulté est notamment d'arriver une semaine et demie après la rentrée et d'annoncer soi-même aux élèves qu'ils ne viendront plus au collège à 9 heures mais à 8 heures à partir de maintenant et que, non, ce n'est pas la top modèle contractuelle qu'ils aimaient tant qui leur fera cours cette année mais juste moi. Il faut en passant convraincre les plus amoureux que ce n'est pas de mon fait si Miss Monde ne fait plus partie de l'équipe des profs même si, j'en conviens, elle était certainement beaucoup plus agréable à regarder que moi.
En cette année scolaire 2001-2002, les professeurs certifiés d'éducation musicale avaient une charge de 19 heures et non 18. Or, il n'y avait que 18 heures à Magny. Que croyez-vous donc qu'il arriva ? Si. J'ai été nommé pour une heure dans un collège de Pontoise. Deux heures tous les 15 jours. Pffff...

Bonjour, vous cherchez quelqu'un ?

À Paris, j'ai droit à plus de stabilité, dans le sens où j'ai un même collège (Collège Buffon dans le 15ème) pendant deux ans mais pas à temps plein. Je dois compléter trois heures à Tolbiac une année, trois heures à la Goutte d'or une autre année. Je n'en garde pas un mauvais souvenir. Dans ces collèges, je n'ai eu que des troisièmes et une classe de Nouveaux Arrivants ne parlant pas français. Si vous croyez qu'il y a une formation pour accueillir ce genre d'élèves, vous vous trompez. Je développerai peut-être ce point une autre fois. La difficulté de ce genre de compléments est l'impossibilité de rentrer dans une équipe éducative, quelques soient ses qualités (et j'ai croisé le pire comme le meilleur). Difficulté à communiquer avec le professeur principal, difficulté à créer des liens d'amitié, difficulté à créer des projets, à s'investir sur le moyen/long terme.

Pour ma troisième année, je connais une situation ubuesque. Le rectorat a des consignes pour ne pas laisser les TZR plus de deux ans au même endroit. Ma nouvelle affectation sera : remplaçant de courte durée. Mon collège d'affectation reste le collège Buffon. Mon remplacement : la collègue TZR qui a pris ma place est enceinte. Elle ne reviendra pas avant novembre, c'est elle que je remplace. Allez expliquer ça aux élèves. Oui, je suis à nouveau votre professeur mais pas pour longtemps. La première question qui leur vient à l'esprit c'est : "Et pourquoi ce n'est pas elle qui irait ailleurs ?". Ca se tient mais... pas de polémique ! En cours d'année, un de mes remplacements se fera... au collège Buffon. Non. Ce n'est pas la jeune mère, cette fois, mais son collègue, mon ancien collègue, qui est absent une semaine. Alors je fais cours aux élèves que je n'avais pas au début de l'année. J'étais ravi de retrouver mes anciens élèves dans la cour de récréation mais encore une fois, ce n'était pas une situation facile à comprendre.
Mais j'ai connu cette année-là le deuxième effet Kisscool. En dehors de quelques remplacements d' une semaine, deux semaines et fin de l'année (incomplète pour cause de congé paternité), je n'avais pour toute affectation que deux heures de cours d'histoire des arts au lycée Jean-Baptiste Say dans le 16ème arrondissement. Cette fois je trouvais la situation extrêmement confortable. Je passais mes journées à m'occuper de mes hobbies de l'époque, la lecture, les arts, le cinéma et bien sûr ma fille, qui était en partie chez une nounou que nous ne pouvions pas abandonner car je pouvais être appelé du jour au lendemain.

J'ai eu mon premier et dernier poste fixe en quittant la région parisienne mais j'ai toujours suivi le quotidien des TZR avec une grande bienveillance. J'ai appris que les zones avaient été agrandies, que leur nombre avait diminué, ne leur laissant pas l'espoir de pouvoir souffler, j'ai entendu des cas d'affectations hors zone et même hors académie et j'ai croisé nombre d'entre eux qui désespéraient d'obtenir enfin un poste fixe pour pouvoir acheter une maison ou pouvoir véritablement s'investir dans une équipe pédagogique.



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2. Posté le 19 novembre 2014 à 14h51 par maman


J'ai lu plusieurs témoignages de T.Z.R depuis que mon fils a rejoint l'éducation nationale. C'est toujours très édifiant. C'est un monde particulièrement inhumain, on dirait que tout se passe par bureau interposé. Bonne chance aux jeunes professeurs.

1. Posté le 02 novembre 2014 à 10h46 par rdt83


Bonjour,
Je lis chaque fois avec un grand bonheur vos tribulations et votre parcours de prof. J'ai appris beaucoup de choses, et je ne pensais pas qu'il fallait des diplômes a ce point. Je me souviens lorsque j'étais étudiante (j'ai maintenant 62 ans) et comme mais camarades et moi même faisions "souffrir" notre prof de musique. Alors je me dis qu'il faut sacrément avoir la fois pour faire votre métier et je vous admire beaucoup.
J'ai hâte de lire la suite, et vous remercie pour toutes ces partitions et conseils que je peux trouver sur votre site. Je viens tout juste de me mettre à la musique (il y a 6 mois) et j'apprend le piano, je ne vous raconte pas mes difficultés avec le solfège, mais j'en viendrais a bout. Merci encore et bonne continuation