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Professeur de piano pour enfants précoces

Rencontre avec Sylvie Stéphanidès

Par Jean-Baptiste le 25 janvier 2015.



Sylvie, vous étiez professeure de piano au conservatoire d'Angers avant de créer votre propre structure d'accueil pour enfants précoces. Parlons d'abord de ce premier métier. Quel diplôme aviez-vous ? Combien d'heures faisiez-vous ?

Il y a deux types de professeurs au conservatoire. Les titulaires d'un DE (diplôme d'état) qui font 20 heures par semaine et ceux qui ont un CA (certificat d'aptitude), ce qui est mon cas, qui font 16 heures.

Je pensais que les titulaires du DE étaient surtout en poste en conservatoire municipal ou départemental ?

Pas nécessairement. On peut enseigner en CRR (conservatoire à rayonnement régional), il y a principalement des postes à CA mais on peut y enseigner avec un DE. Mais en général, ces professeurs n'ont pas la charge des élèves des classes de troisième cycle. Les professeurs à DE peuvent aussi être assistants.

Comment se prépare le CA ?

Ce que l'on ne sait pas toujours c'est que le prix d'un conservatoire supérieur ne vous donne pas le droit d'enseigner dans un conservatoire. Il faut pour cela passer des concours. C'est un diplôme qui se passe après les conservatoires supérieurs (de Paris ou de Lyon). Les modalités ont changé par rapport au moment où je l'ai passé. Je sais qu'aujourd'hui, il y a deux concours ; il y a d'abord le CA puis un deuxième concours au CNSPT pour valider ce CA. C'est un concours à l'échelon national avec un certain nombre d'épreuves (commentaire d'écoute, analyse, solfège, déchiffrage, pédagogie…).

Enseigniez-vous autre chose que le piano ?

J'ai un CA piano, je n'enseignais que le piano.

À un moment donné, vous avez été amenée à adapter votre pédagogie. Pourquoi ?

Je me suis aperçue que j'avais une écoute particulière, une sensibilité qui me faisait choisir des élèves que les autres professeurs refusaient aux concours d'entrée à cause de leurs trop gros défauts techniques. Je pensais qu'ils avaient quelque chose à dire même s'ils jouent n'importe comment. J'ai remarqué au bout d'un moment que dans mes classes, je n'avais presque que ce genre d'élèves, des enfants précoces, que j'avais acceptés par intuition.

Et il y avait un lien entre précocité et défauts techniques ?

Avec quelqu'un qui a quelque chose à dire, il y a un truc qui passe malgré les défauts techniques. J'écoute la personne et pas tellement ce qu'elle fait. Il y a quelque chose qui va passer même avec de gros défauts chez quelqu'un pour lequel la musique sera un moyen d'expression.

Avec ces enfants, j'imagine que vous avez une pédagogie adaptée ?

Au conservatoire, le milieu aidant, les enfants précoces étaient, ce que l'on peut appeler des précoces harmonieux, c'est-à-dire sans problème. Il faut savoir qu'il y a un certain nombre d'enfants précoces qui ont des difficultés. Des difficultés relationnelles, des hyperactifs, d'autres qui donnent l'impression d'être hyperactifs mais qui ne le sont pas, des problèmes « dys », dyslexie, dyspraxie, dysphasie. Maintenant j'ai ciblé un public précoce et je travaille à la maison. J'ai des enfants qui ne sont pas concernés par le conservatoire, c'est à dire ceux qui sont très jeunes (car il y a une limite d'âge au conservatoire), ceux qui ne sont pas Nantais (pour la zone dans laquelle je travaille) et d'autres mesures qui sont surtout budgétaires. Ces enfants-là sont obligés d'aller dans les petites écoles périphériques, où le niveau, je m'excuse de le dire, n'est pas toujours très élevé. Je ne devrais peut-être pas le dire.

Bien sûr que l'on peut le dire. Ce n'est pas une généralité mais j'ai moi-même mis un temps mes enfants dans une école municipale de piètre niveau.

Du fait que je ne suis pas au conservatoire, je n'ai pas à m'inquiéter de ce que l'enfant devra savoir ou devra jouer dans six mois. Au niveau pédagogique, pour commencer, j'applique une pédagogie « positive ». Je stimule, je mets en avant les qualités de l'enfant au lieu de chercher à le débarrasser de ses défauts. On sait que ça existe, surtout dans l'éducation nationale où vous êtes plus avancés que nous...

...Moue de suspicion mêlée de désapprobation...

Un peu… un peu… mais au conservatoire, ça ne marche pas comme ça. Instinctivement, j'ai toujours pensé qu'il fallait valoriser les points forts plutôt que chercher à gommer les points faibles. C'était ma manière de faire, c'était ma manière d'éduquer mes enfants et maintenant c'est ma manière d'enseigner. Pour moi c'est toujours : « Qui es-tu, qu'est-ce qui te conviendra le mieux, qu'est-ce qui te mettra le mieux en valeur, qu'est-ce qui va te donner envie de jouer puis de progresser avec des choses un peu plus difficiles ? » Mais tous les enfants n'ont pas la même maturité gestuelle. Je prends l'exemple du passage du pouce. Certains peuvent faire ça très très tôt mais d'autres seront très déstabilisés et auront besoin de plus de temps. Mais si on se polarise sur quelque chose qui ne marche pas, on n'avance pas.

Avec les petits, je dois être très à l'écoute. Je ne peux pas faire la même chose avec chacun. Certains bougent tout le temps, me racontent leur vie et c'est déjà un travail de les amener à s'asseoir. Il faut inventer tout le temps. Je ne peux pas me dire : telle séance, je vais faire ça. Jamais. Il y a une chose que je veux, c'est qu'ils acquièrent une certaine rigueur et qu'on se dirige vers du piano bien joué.

J'ai un dyslexique qui ne peut pas lire les partitions. Les notes superposées, il n'arrive pas à les voir comme devant être jouées ensemble. Il faut inventer autre chose et toujours avec une très grande patience, une patience infinie.

Quel est le rôle du piano dans le développement de l'enfant précoce ?

Il est clair, déjà, que la musique développe l'intelligence mais le piano tout particulièrement du fait des mains équitables et de la polyphonie. C'est l'instrument qui est le plus formateur et qui aide le plus au développement. Le piano est aussi un instrument que l'on peut commencer très tôt. On ne peut pas commencer le piano avec un enfant de 5 ans qui n'est pas en avance, ce sera trop difficile, ça ne vaut pas la peine. C'est pour ça que ça s'adresse à ces enfants qui ont un potentiel.

Cette façon de faire, cette patience infinie dont vous parlez, est-ce que ce n'est pas quelque chose dont tous les enfants auraient besoin, en fin de compte ?

Absolument. L'enseignement qu'on prodigue aux enfants précoces, c'est puissance 10 par rapport aux autres mais sinon c'est exactement la même chose. La patience, pour moi, est hypertrophiée, naturelle, je n'ai aucun effort à faire. Quand on est pianiste et qu'on veut aller loin, on est obligé d'être très patient, tout de même.

Quel est le rôle du solfège dans votre enseignement ?

Je préfère inclure la lecture très vite parce que j'ai remarqué que quand on attend, parfois, le lien ne se fait pas s'il y a trop d'avance sur le plan pianistique. Je ne fais pas pareil avec tout le monde mais mon premier cours et la première partition est souvent Une souris verte. Do, do, do, ré, do, sol, ce n'est pas dur. Nous chantons les notes en même temps en jouant. Je fais faire beaucoup de chant.

Avez-vous eu des enfants extrêmement doués qui progressent à une vitesse folle ?

Oui j'en ai eu. Pas des surdoués qui pouvaient passer leur prix à 13 ans. Mon élève le plus doué est rentré dans ma classe débutant à 15 ans, ce qui est tard, et il est aujourd'hui au conservatoire supérieur de Lyon. Néanmoins, je m'aperçois que précocité ne veut pas toujours dire surdoué en musique. Il y a des précoces qui ne sont pas du tout musiciens, qui n'ont pas d'oreille. La musique reste un support pour le développement mais au bout d'un moment, si l'on voit que ça ne marche pas, il ne faut pas s'entêter.

Merci Sylvie



Retrouvez le site internet de Sylvie Stéphanidès : pianoprecoce.com
25 rue André Le Nôtre
44120 Vertou
06 86 73 72 63
contact@pianoprecoce.com

Crédit photo : pianoprecoce.com

Je tiens à préciser, qu'après recherches, je n'ai trouvé aucune information sur le travail musical avec les enfants précoces. Pas même un titre ou un chapitre de mémoire ou de thèse. Je ne dis pas que cela n'existe pas mais internet ne semble pas en avoir la trace...


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3. Posté le 09 avril 2018 à 14h32 par jean-louis


Il y a de grands concertistes qui ne sont pas forcément de bons pédagogues, et des professeurs de piano sûrs d'eux-mêmes qui n'auraient jamais été capables de devenir de grands pianistes. Et l'élève, désireux d'apprendre et confiant dans son professeur, peut être victime d'idées erronées.
C'est surtout le cas lorsque l'élève n'a pas la personnalité, la flamme et le don nécessaires pour mettre en perspective les leçons du professeur (je connais beaucoup de gens qui ont eu des problèmes)
Il y a même, selon moi, des pianistes absolument extraordinaires qui ont gâché leur carrière parce qu'ils ont été mal influencés, mal aiguillés. Question de personnalité j'imagine.
A chaque métier sa déformation. La déformation du professeur est l'objectivation ou le savoir.
Mais c'est avec son cœur, son être profond qu'on joue de la musique. Pas avec des règles, des principes et des recettes. même si celles-ci sont très utiles,
Aussi je suggère de faire la différence entre les pianistes qui, par leur interprétation, touchent, émeuvent le public sincère, transmettent quelque chose d'unique, parce qu'ils s'investissent à fond, et ceux dont l'interprétation semble être de la conserve.

2. Posté le 07 février 2015 à 16h40 par Jean-Baptiste


Merci pour ce témoignage. Quelles difficultés rencontre votre enfant au quotidien ? Fait-il de la musique ?

1. Posté le 07 février 2015 à 13h51 par valestan


Les enfants précoces ne sont absolument pas pris en charge dans l'éducation nationale. La plupart des enseignants ne sont pas formes à cette problématique. Quant aux classes spécifiques qui auraient pu s'ouvrir, elles sont fermées avant même d'avoir été ouvertes faute de budget comme à Clermont. Maman d'enfant précoce et enseignante, j'ai connu la galere!