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Mon agrégation de musique

Petit journal d'un prof de musique - Épisode VI

Par Jean-Baptiste le 22 octobre 2014.



Après un début de carrière classique, formation dans l'académie de Dijon, stage dans l'académie de Reims avec plus de cent kilomètres de voiture par jour de cours ou de formation, débuts de cours dans l'académie de Versailles en tant que TZR avec deux collèges par an, me voici installé, en 2003, dans l'académie de Paris, où je suis affecté, toujours en tant que TZR mais pour la deuxième année de suite dans un même collège. Collège Buffon (le collège du lycée Buffon) dans le 15ème arrondissement, petit complément de 3 heures dans un collège du 18ème, avec des situations sociales très très lourdes mais où je n'ai jamais eu vraiment de difficultés, 15 minutes de métro de mon appart' de la rue Daguerre, 14ème, pas encore d'enfants (femme enceinte toutefois). La décision a été pas mal reportée mais cette année, toutes les conditions sont réunies pour que je puisse préparer l'agrég de musique dans de bonnes conditions.

Je m'achète un clavier électronique, le maximum de bouquins, ce qui représente un vrai investissement et je m'organise. Inscription à la Sorbonne. Je ne pourrai pas aller à tous les cours, c'était inévitable. Je ne suis pas le seul à préparer l'agrég externe tout en travaillant. Je ferai ce que je peux. Premier jour sur les bancs de la fac. Whaou ! 80 personnes juste pour la Sorbonne. Combien de places au final ? 28. Bon. Au boulot. Je vous rassure, dans les 80, plusieurs dizaines ont abandonné au bout d'un mois et d'autres préparaient capes et agrég en même temps en se consacrant plus au capes.
Et après, c'est comme pour toutes les formations. J'ai connu les professeurs les plus passionnants du monde qui côtoyaient les pires guignols qui soient. Paradoxalement, j'ai suivi plus de cours à la Sorbonne que je n'en ai suivi en formation Capes à Dijon, alors que je n'avais que ça à faire (avec un peu de conservatoire, tout de même). J'avais dû murir un peu depuis mes années d'étudiant. Bien. C'est une bonne chose. Si je peux m'appuyer là-dessus, peut-être que j'arriverai à éviter de m'engueuler avec le jury cette année, si je vais à l'oral.

Une chose me met (un peu) en confiance : je n'ai jamais autant travaillé de ma vie. Dans le métro, je lis. Le soir, travail. Jour de congé, grosse journée de travail. Je me remets à jour sur tous les sujets possibles, m'intéresse à toutes les périodes, écoute des milliers de musique, trouve des exercices de dictées musicales et dictées d'accords, toujours plus complexes, travaille l'harmonisation au piano... J'ai peut-être mes chances. Le jour de l'écrit approche et ce qui m'inquiète le plus, c'est la dissertation. Trois sujets à travailler : "Les enjeux de la musique à Rome et Venise", "Art et pouvoir", "L'opéra contemporain". J'ai choisi de mettre pratiquement le premier de côté car il est tombé l'année dernière. Le second est un sujet tentaculaire. J'ai lu des dizaines de livres sur "musique et pouvoir" et "art et pouvoir" mais je ne suis pas sûr de le cerner. Le troisième est très très complexe. J'ai fait le tour de toutes les médiathèques de la capitale pour dénicher les enregistrements, j'ai acheté ce qui était disponible dans le commerce et pour le reste, je me rends régulièrement à la médiathèque de la Villette où j'emprunte également les partitions (qui font 90 cm de hauteur). L'enregistrement est interdit, les photos également. Je recopie des extraits. Pour tous ces sujets, j'apprends des extraits par coeur, je les saupoudre de quelques citations intelligentes, pas trop longues. Mais tout de même. C'est assez casse-gueule !

Les écrits

Mêmes intitulés d'épreuves qu'au Capes mais un cran au dessus. Même centre d'examens. Cachan. 250 candidats le premier jour. 150 le dernier jour.
Le solfège. Pouh... C'est dur, c'est dur. Des dictées mélodiques qui n'en finissent pas. Des dictées d'accords pas du tout classiques. Je ne suis pas suffisamment entraîné pour ça. Je rate même totalement une des trois dictées. Ça ne commence pas très bien. Sortie d'épreuve : Tout le monde a raté. Bon... bon... tant mieux ! C'était diablement difficile, nous sommes tous d'accord. Les gros monstres qui se destinent à la carrière de professeur de solfège s'en sortiront avec la moyenne et parfois la note miraculeuse de 11/20.
L'harmonie. Épreuve de 7 heures. Je suis très à l'aise et pour la première fois, je prends mon temps. Je ne termine pas spécialement avant les autres. J'ai pris le temps de me relire, de me relire encore. J'ai pris le temps de recopier proprement mon devoir.
Dissertation. Épreuve de 6 heures. Eh bien allez ! Il faut en passer par là. Sujet ? Le deuxième. Art et pouvoir avec une petite dose d'antiquité là-dessus. J'aurais préféré le troisième mais ça va. Je limite les dégâts.
Pas de suspens, c'est bon pour l'écrit, je suis admissible à l'oral, comme 53 autres collègues.

Les oraux

Je garde de très bons souvenirs de ces oraux, à L'ENS de Lyon. Je dormais à l'Etap Hôtel adjacent comme des dizaines d'autres candidats. L'ambiance était bonne. Le temps était agréable. Les conditions de travail très bonnes.
Chant / Harmonisation / Improvisation (dans une même épreuve). Plutôt mon point fort mais il faut être vigilant. Seul dans une petite pièce pendant 10 minutes avant de passer devant le jury. J'interprète le chant à cappella, "La reine et la java", quelque chose comme ça. Je donne tout. Je l'harmonise au piano. À peine un petit doigt qui fourche, tout va bien. J'improvise. Petite variation mineure, petit blues. Bon... J'ai fait ce que je savais faire. Tout va bien.
Commentaire. Je suis sur la défensive. Cette même épreuve avait été catastrophique au capes. Trois écoutes d'une oeuvre de 3min30 puisée dans toute l'histoire de la musique classique (au sens le plus large) et traditionnelle, très peu de temps pour mettre au propre les notes et c'est parti. Je ne sais pas si j'ai été très bon mais je ne me suis pas planté, je ne me suis fâché avec personne. Pour moi, c'est un vrai soulagement !
Direction de choeur. Ayant une petite expérience de chef de choeur amateur, je me suis permis de ne pas spécialement travailler cette épreuve. Je tombe sur un chant de Brahms. Je ne parle pas allemand, il y a de bonnes difficultés. Je ne suis pas à l'aise. J'ai devant moi huit étudiants en musicologie, volontaires, assis sur de petits fauteuils en osier. J'ai fait un travail correct mais... j'ai oublié ma montre. J'ai 15 minutes au total, pas une de plus mais surtout pas une de moins et je ne sais pas depuis combien de temps je travaille. Je suis contraint de demander cette information au jury qui n'apprécie pas du tout et me le fait très très clairement sentir. Je sais que j'ai perdu des points mais je ne sais pas à quel point. Un ami, que j'avais autorisé à assister à l'épreuve, est tout à fait confiant pour moi. Mouais, il est trop sympa, il n'est pas fiable !
Leçon. 6 heures de préparation avec pause sandwich. J'ai du mal à bien me souvenir des documents que j'avais entre les mains : la photo d'un groupe sculptural du 15ème siècle en bois, une déploration d'Ockeghem et une pièce religieuse d'auteur inconnu. J'ai passé 4 heures la tête entre les mains à faire des allers-retours entre les différents documents, à écrire des banalités sur mes brouillons, à me demander comment j'allais articuler tout ça ! Et au moment où je me sentais perdu, un éclair m'a frappé ! J'ai eu une idée de problématique et j'ai pu commencer de me mettre au travail. En deux heures, c'était un peu juste. 40 minutes d'épreuve, ce qui va finalement assez vite quand on est du côté de celui qui parle.

Résultat des courses ? Des notes correctes sans plus en solfège et leçon. De très bonnes notes dans le reste sauf... ! en direction de choeur où le jury a fait sauter tous les barêmes pour m'affecter la note de 1/20. Après courte interview des amis et connaissances passés par l'oral, les notes étaient soit très basses, soit très hautes. Je ne discute pas. Je suis 12ème sur 28. Je suis content mais surtout j'ai l'impression d'avoir pris une vraie revanche sur le capes. Pas une revanche dans le sens "vengeance" mais plus une revanche sur moi-même. J'ai grandi et me suis débarrassé des défauts qui m'avaient fortement desservi lors du capes. C'est ça la vraie victoire. On va fêter ça ! Ça tombe bien, nous sommes le 21 Juin.

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3. Posté le 20 juillet 2017 à 16h38 par Pauline


Merci pour ce témoignage ! Je compte présenter l'agrégation dans deux ans et cela concrétise bien le projet dans ma tête. Bravo à vous !!

2. Posté le 30 janvier 2017 à 11h35 par Jean-Baptiste


C'est cela, sans doute.

1. Posté le 30 janvier 2017 à 10h55 par lenico2008


Bravo, reçu en une tentative !
les efforts ont payé !!
Mais 1/20, waouhhh les vilains, ils n'ont pas apprécié le coup de la montre ?