Accueil Blog Musique

← Retour à l'accueil du site
Rechercher un article
le-prof-de-musique-en-conseil-de-classe

Le prof de musique en conseil de classe

Petit journal d'un prof de musique - Épisode VIII

Par Jean-Baptiste le 12 novembre 2014.



Pour rappel, le conseil de classe, en collège, se réunit trois fois dans l'année pour chaque classe, examine la situation de chaque élève, se prononce sur le redoublement et l'orientation en 3ème, gère les cas particuliers et les problèmes, répond si besoin aux questions des parents et élèves délégués. La parole du professeur de musique a-t-elle la même importance que celle des professeurs des disciplines phares ?

Il est vrai que le professeur de musique, à l'instar du professeur d'arts plastiques, SVT, Physique-Chimie, Technologie ou EPS voit les élèves moins souvent, moins longtemps dans la semaine que ses collègues de mathématiques, français, langues, histoire. Cela signifie-t-il qu'il connaît moins les élèves ? Peut-être un peu moins, c'est normal, mais il les connaît différemment. Le professeur, s'il a compris son rôle (je m'excuse si je suis un brin strict avec ce sujet), n'a pas à être "un professeur comme les autres". Il peut justement fonctionner autrement et je l'invite à ne pas se gêner. Le prof de musique peut créer un rapport particulier à l'enseignement en proposant aux élèves d'autres façons de s'exprimer, d'autres façons d'envisager la notation et l'évaluation au sens large et il peut donner un réconfort très simple à un élève perdu au collège en lui faisant comprendre qu'en entrant dans la salle de musique, il ne trouvera pas à nouveau un cours où il sera mis face à ses difficultés à chaque instant.
Cela transparaît forcément dans le rôle du professeur de musique en conseil de classe et permettez-moi alors de parler à la première personne. En conseil, il m'était plaisant de m'extasier sur les qualités de tel élève qui réussissait en musique aussi bien que dans les autres disciplines, je pensais être tout autant dans mon rôle en gardant le silence lorsque mes collègues développaient les faiblesses d'un autre élève, en matière de travail ou de comportement, mais j'étais tout aussi ravi de l'ouvrir pour atténuer un commentaire un peu trop partisan à mon goût et qui ne tenait pas compte des qualités créatives, des qualités d'adaptation ou de travail en groupe d'un élève. Parfois, ma parole suffisait pour obtenir un "Très bien, nous ne savions pas, nous allons modérer notre appréciation", parfois, je récupérais un "Oui mais tu ne le vois qu'une heure par semaine, tu ne le connais pas". Ces phrases, qui me touchaient beaucoup moins en tant que professeur "chevronné" qu'en tant que professeur débutant, n'étaient pas forcément dites avec condescendance.

J'ai mis du temps à comprendre qu'un conseil de classe est aussi un exutoire pour les professeurs. Un enseignant est très seul face à sa classe et il est rare qu'il n'en souffre pas. Il ne peut pas exposer ses problèmes autant qu'il le mériterait, ainsi le conseil de classe, en présence du (de la) principal(e), des parents, des élèves, des collègues dont on cherche souvent la complicité, est le lieu parfait pour faire sortir tout ce qui n'a pas eu l'occasion de l'être. C'est la raison pour laquelle, quand un professeur semble presque méchant quand il parle d'un élève, il nous parle simplement de son vécu. Et lorsqu'on essaie de faire passer un message moins dur, il se peut qu'il entende : "Ta souffrance n'est pas prise en compte", ce qui est absolument terrible.
Et paradoxalement, en vieillissant, en progressant (je l'espère) dans mon métier, en me rapprochant des élèves, j'ai appris à moins me mettre de leur côté en conseil de classe. Je parle d'un geste quasi politique où le militantisme n'est pas la meilleure solution et peut desservir l'élève à plus ou moins long terme. Ces réunions sont un moment important pour les professeurs et c'est seulement avec diplomatie que l'on peut dire à un collègue qu'il y a peut-être d'autres façons de voir les choses, qu'il y a peut-être plus à gagner à chercher comment aider un élève qui ne va pas bien au lieu de chercher à le faire taire à tout prix. Le moyen d'y parvenir n'est jamais de dire "Tu te trompes".

Je me rappelle d'un cas où je souhaitais vivement que mes collègues se mettent à la place de l'élève qui s'apprêtait à recevoir un "Avertissement de discipline", un jeune Rom de 12 ans, arrivé en cours d'année, qui perturbait la classe en prenant la parole sans lever la main, en se levant parfois et en oubliant presque systématiquement ses affaires. Il n'était pas franchement différent en cours de musique, je n'ai pas de recette miracle pour faire asseoir sur une chaise toute la journée un enfant qui n'avait connu jusqu'alors que le nomadisme, mais quand je lui ai donné pour tâche de fabriquer un instrument de musique avec des matériaux de récupération, le travail était fait, bien fait et dans les temps. C'est formidable, non ? Je n'ai pas réussi à faire pencher la balance. La souffrance des professeurs était trop lourde et ils souhaitaient dire avec cet avertissement : "C'est difficile, c'est trop difficile et je veux que ça change". Cet enfant a reçu son blâme. C'est comme si on lui disait : "Les efforts que tu as faits, les difficultés que tu connais, on ne les a pas pris en compte", ce qui est absolument terrible !

<< Épisode VII   -    Épisode IX >>   -   


Réagissez à cet article

Nom ou pseudo :


Adresse Email (facultatif) :


Anti-spam. Combien font Opération



8. Posté le 09 janvier 2015 à 08h45 par ftexie01


En tant que professeur principal, ma parole de professeur de musique est toujours bien écoutée au conseil de la classe dont j'ai la charge.

En fait, la parole du professeur de musique est très différemment prise en compte en fonction du chef d'établissement, j'ai connu déjà de nombreux établissements et principaux, inutile de préciser que pour certains, ma parole était au mieux écoutée sans intérêt, au pire remerciée d'une remarque condescendante ou méprisante sur ma matière ... Et puis il y a les établissements où les chefs veulent que tout le monde soit entendu à sa juste valeur et où l'avis de chacun compte pour former un tout, où chaque matière a la parole et où chaque avis est entendu et pris en compte. Et, après de nombreuses mutations, c'est dans un établissement comme celui-ci que j'ai finalement choisi de rester, et c'est un vrai plaisir d'aller travailler !

7. Posté le 19 novembre 2014 à 15h00 par espace.500


Moi je ris beaucoup personnellement. La vie du prof est dure, c'est sûr mais elle donne lieu à des situations coquasses ! Merci

6. Posté le 17 novembre 2014 à 11h06 par mrbob64


J'hésite toujours entre les rires et les pleurs avec ces articles mais je passe un bon moment et je découvre plein de choses. J'attends la suite avec impatience.

5. Posté le 16 novembre 2014 à 18h00 par Jean-Baptiste


Oui, En_cours, ce genre de choses existent aussi. C'est peut-être un peu dommage que le prof de musique ne fasse pas entendre sa voix. Il y a peut-être des complexes derrière, ce genre de choses n'est pas rare.

4. Posté le 16 novembre 2014 à 16h12 par En_cours


On ne voit jamais notre collègue prof de musique en conseil de classe. Je crois qu'il y a toujours mieux à faire. C'est dommage, je suis professeur principale et je suis toujours intéressée par l'avis de mes collègues, de tous mes collègues.

3. Posté le 16 novembre 2014 à 11h46 par Jean-Baptiste


Merci Pixelline pour ce partage.

Il est vrai que je n'ai pas traité le sujet de la présence en conseil de classe. Un professeur de musique à la charge de 18 classes en moyenne et on lui demande de faire environ 5 conseils de classe, plus si possible. Il choisira en priorité, on peut le comprendre, les conseils de classe qui auront lieu à la suite de ses heures de cours pour ce pas multiplier les trajets. On cas de choix à effectuer (deux conseils à la même heure), il se dirigera vers celui où il pense pouvoir être le plus utile.

2. Posté le 16 novembre 2014 à 11h16 par pixelline


Bonjour,
J'ai été parent délégué pendant très longtemps ( 4 enfants avec 19 ans de différence) ,très impliquée dans mon rôle.
Je n'ai pas beaucoup vu de prof de musique aux conseils de classe, et qu'un peu de prof d'art plastique au collège d'E. dans le 68 (plusieurs conseils aux mêmes heures ). Mais les profs de sport faisaient "régulateur". Eux voyaient le changement des enfants en souffrance et suivaient leur progrès autrement. les jeunes s'ouvraient pendant ces heures physiques et se donnaient plus à fond qu'assis sur leur banc.
Je me souviens du conseil où Mme M.S. prof de sport, a défendu un élève et a refusé qu'on lui donne un avertissement, car pour elle , cela n'aurait fait que l'enfoncer. Ce jeune que j'ai revu beaucoup plus tard, n'est pas un délinquant, et vit sa vie de jeune adulte comme les autres.

Etre un prof de matière, comment dire, de moindre importance?? NON, de musique, sport, arts plastique, religion (oui en Alsace,il y a religion 1heure par semaine dans les écoles/collèges laïques) n'est pas facile: pas beaucoup la parole, et 4 conseils à la fois...dans un collège où il n'y a que 1 parfois 2 profs pour ces matières, ils assurent toutes les classes , et même parfois sur 2 collèges, oui oui ça arrive.
Je remercie ces "petits" profs qui ont fait de très grandes choses:Benoit B., Mme F., Mme J., Mme H. Mes enfants n'ont jamais râler après eux et étaient contents de participer aux activités scolaires et extra scolaires : la chorale, l'orchestre, mise en place des panneaux pour les expos d'art, d'affiches....les chorés, vente de bougies...

Maintenant, je travaille dans les écoles primaires et je vois des enfants en souffrance même au CP. Intervenant scolaire 1heure par semaine, je n'ai pas la même approche des instits mais nous parlons beaucoup des réactions des enfants, de leur écoute en classe , de leur attitude. Mon rôle est de leur faire comprendre du bien vivre ensemble même différents, et on aborde beaucoup de questions.
Bon là, je m'écarte du sujet...........

Merci J.Baptiste de ton expérience; j'attends la suite du feuilleton de ta vie ...@ bientôt

1. Posté le 16 novembre 2014 à 08h07 par lisou12


Bonjour,
Je lis avec grand plaisir vos souvenirs de prof. Mais je suis sidérée par le fonctionnement de l'éducation nationale ! On prend vraiment les jeunes enseignants pour des pions qu'on ballade comme et où on veut. Il faut bien des remplaçants aux titulaires absents mais je ne pensais pas que cela se passait ainsi. Et ce n'est hélas pas que dans ce ministère.
Je comprend mieux, à vous lire, les réactions des profs. De l'extérieur, on se dit souvent : les profs ne sont pas malheureux, pas tant de travail que ça, ils ont des vacances etc.... Aux vues de votre narration des conseils de classe, je me rend compte que cela ne doit pas être facile tous les jours pour les enseignants et trouver un juste équilibre de jugement envers un enfant est une tâche délicate.
Je n'épilogue pas plus , on pourrait faire des sujet de discussion à chacun de vos épisodes. J'attends la suite avec plaisir.
Merci pour tout ce temps passé à faire partager vos connaissances, votre vécu, vos conseils, votre partage.