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Les professeurs en difficulté et les professeurs dépressifs

Par Jean-Baptiste le 13 juin 2016.


Et si on parlait aujourd'hui du gros tabou de l'éducation nationale que sont les professeurs en difficulté ? Qu'est-ce qu'un professeur en réelle difficulté ? On peut s'interroger car la notion est toute relative. Elle est relative au moral du professeur (qui peut changer), à son expérience et bien sûr à son public. Mais je proposerais une définition simple du professeur en difficulté dans son travail : c'est celui qui est triste de ne pas parvenir à faire ce qu'il souhaite avec les élèves. Cette tristesse peut vite mener au découragement, au désespoir et à la dépression. Alors que faire et qu'est-ce qui est fait, d'ailleurs, pour éviter d'en arriver là ?

Pas toujours facile...

Je rappelle que j'ai été professeur de collège / lycée pendant douze ans. J'ai en outre été TZR, c'est à dire professeur remplaçant pendant cinq ans. J'ai donc été amené à remplacer des professeurs en congé, justement parce qu'ils étaient débordés par les difficultés qu'ils connaissaient. Il est très facile d'en avoir un net aperçu car les premiers cours avec le professeur remplaçant se passent à peu près comme les derniers cours avec le professeur remplacé. On peut alors vite s'apercevoir qu'avec certaines classes, certains milieux, certains collèges mal gérés, tenir les élèves demande une attention constante et une énergie colossale. Ne plus être capable de donner cette attention et cette énergie, ça va très vite ! Même les professeurs qui s'en sortent sans difficultés majeures, au quotidien, ont connu la classe qui part en sucette le jour où ils sont un peu fiévreux ou un peu soucieux.

Parler

Oui mais à qui ?

Parler aux collègues. C'est l'idéal quand les collègues sont sympas, sont de bon conseil et ont vraiment quelque chose à apporter mais ce n'est pas automatique. Il y a le collègue qui est lui-même en difficulté et dans le déni. Il ne vous écoutera que d'une oreille. Il y a celui qui est en difficulté aussi et qui, tout heureux d'avoir trouvé son semblable, cherchera une oreille attentive pour ses propres malheurs. Il n'y a rien de mieux pour se tirer vers le bas mutuellement. Il y a celui qui a été en difficulté par le passé et n'a trouvé personne. Celui ci ne sera pas disponible, il faut s'y attendre. Il y a également celui qui jugera et c'est là le cas le plus courant. Celui-ci collera l'étiquette de "mauvais prof" à son collègue et balayera le problème rapidement d'un "il n'est pas fait pour être prof".

Parler au principal ou au proviseur. Ça pourrait être leur travail. J'en ai connu un(e) ou deux qui en était capable. Mais il faut savoir que le chef voit les choses différemment des autres. Un professeur est bon lorsque le chef ne reçoit pas de courriers ou d'appels téléphoniques de plaintes des parents. S'il en a reçu, alors le pauvre enseignant en difficulté est dans le collimateur et il y a toutes les chances qu'on lui demande de changer, sans lui dire comment. Alors que le chef, son adjoint ou le CPE (il y en a des bons) pourraient tout à fait être de bon conseil, trouver des aménagements, organiser un tutorat, diviser la classe, rassurer le professeur en lui proposant de faire ce qu'il peut, en aménageant si c'est possible les emplois du temps...

Au dessus du principal. La médecine du travail ? La DRH ? Ce genre de choses n'existent pas dans l'éducation nationale. Son inspecteur ? Si vous êtes prof titulaire et que vous ne comptez pas changer d'académie, parler de ses difficultés à son inspecteur est un suicide au niveau de la carrière. Suivant l'inspecteur, il y a toutes les chances qu'il parle de son emploi du temps chargé et s'il vient voir l'enseignant, qu'il lui explique ce qui doit être changé, sans vraiment être disponible pour mettre à plat les difficultés. Alors pourquoi pas si les difficultés portent directement sur le déroulement du cours et si vous savez que l'IPR peut vous écouter réellement.

Alors, on fait quoi ?

Alors c'est difficile. C'est très difficile pour le professeur qui ne s'en sort pas. Il n'a aucun interlocuteur privilégié et ne peut parfois compter sur personne ou si peu. Je n'ai rien inventé. Tous les cas cités plus haut, je les ai rencontrés personnellement plusieurs fois dans plusieurs établissements. Alors que faire ? Il faut être clair ; ce n'est pas un problème à la marge. On ne peut pas dire que, globalement, tout va bien. C'est faux ! Les professeurs qui souffrent sont très nombreux. J'en ai croisé partout. J'en ai même fait partie, heureusement pour moi, pendant une période courte de début de carrière.

Il me semble évident qu'il faudrait pouvoir être sûr de pouvoir exprimer ses émotions, sa colère, sa frustration. Il faudrait ne pas être puni d'avoir des difficultés (classes les plus difficiles, horaires les plus difficiles, mauvaise notation, projets refusés, ton sec de la direction...). Il faudrait avoir de côté des dispositifs comme ceux que j'ai cités plus haut (et donc un peu de moyens financiers). Il faudrait travailler sur les mentalités pour que les difficultés que rencontre un enseignant ne soient plus une tare ou un tabou mais simplement quelque chose sur lequel travailler, sans culpabilité. Enfin... avec le moins de culpabilité possible. Il faudrait s'occuper des personnes avant qu'elles ne tombent malades ou en dépression.

Je terminerai justement avec ce paradoxe colossal. Aujourd'hui, une personne qui dirait "Je vais bientôt craquer, que pouvez-vous faire pour m'aider ?" aurait pour réponse (officielle ou non) : "Revenez nous voir quand vous aurez craqué"...


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4. Posté le 28 août 2016 à 18h54 par emaza


Merci pour votre participation.

3. Posté le 28 août 2016 à 18h16 par cunegonde


Petites réflexions suite à l'article
"Les professeurs en difficultés et les professeurs dépressifs "

S'il est bien une profession qui fait couler beaucoup d'encre, c'est bien celle de professeur. Pour certains, c'est " le plus beau métier du monde " ou même " une vocation " à l'instar du dévouement du bon vieux curé de nos campagnes d'antan. Pour d'autres, c'est une classe de " nantis " ou bien encore " des fainéants de fonctionnaires toujours en vacances et qui osent même se plaindre ! ". On en entend vraiment des vertes et des pas mûres, à en avoir des coliques. Si ce manque de reconnaissance blesse surtout par sa cruelle ignorance des réalités du terrain, il est loin d'être l'unique raison conduisant moult d'enseignants à un état de dépression. Cet abattement moral et physique revêt pour moi deux principales causes : les élèves et l'Institution.

Commençons donc par évoquer nos chères têtes blondes qui franchement souvent se transforment en têtes à claques qui nous cassent les oreilles, la tête, le moral : bref " nous les cassent " tout court. Et pourtant je les aime ces petits démons ; je parle sans la moindre démagogie et je ne suis nullement adepte du sadomasochisme. Alors comment expliquer cet apparent paradoxe? Je crois que je les entends. Je n'approuve pas leurs attitudes déviantes voire immondes mais je comprends la virulence de leurs réactions car ils sont à bout. Comme déjà désabusés, c'est sans tabou qu'ils viennent, à reculons, à l'école. Alors ils pestent, ils crachent, ils chahutent, ils hurlent des " j'en ai rien à foutre " " je m'en bats les couilles " et autres propos tout aussi fleuris. Ils jettent aux orties l'Education Nationale. Quelles sont les épineuses raisons ayant fait germer ces révoltés? Le conflit n'est pas forcément en lien direct avec la question de l'enseignement mais plutôt avec celle des repères éducatifs, des modes de vie et d'agir. Certains jeunes sont confrontés à deux cultures voire trois : celle du Ministère de l'Education Nationale, celle de la famille et celle du quartier. Des cultures différentes avec des outils de communication distants. Les normes de langage et de civisme n'ont pas toujours des formes identiques mais dans le fond les pensées peuvent former un bouquet harmonieux d'idées, à condition toutefois d'accepter de désherber devant chez soi. Il faut que les jeunes acquièrent la conscience du bien fondé d'apprendre une autre façon de communiquer - à la mode de l'école de chez nous - afin de pouvoir correctement grandir. Aux professionnels d'accepter aussi ces inévitables périodes orageuses de mutation ; s'ils ne veulent pas se planter et laisser croître la mauvaise graine. Ces chaudes transitions, ces évolutions éruptives peuvent se révéler très conflictuelles et donc très pénibles à supporter, à encaisser. Pour ne pas faire chou blanc, les professeurs doivent faire preuve d'une sacrée dose de patience et d'un monstre de mansuétude. Ce sont les conditions indispensables pour permettre aux jeunes l'acceptation et l'acquisition de ces légitimes règles éducatives sans lesquelles aucun enseignement n'est viable. Nul ne transigera sur le respect des principes démocratiques. Les valeurs de citoyenneté sont des enjeux majeurs pour l'avenir de la société, pour l'avenir de ces citoyens en herbe. Mais tout ceci est plus facile à écrire qu'à faire, le chantier est colossal et tout ce labeur est exténuant. Le comportement ras les pâquerettes de certains petits sauvageons est éreintant. Conséquence : à force de mouiller la chemise, on se retrouve le moral dans les chaussettes. Comme nos élèves, il peut nous arriver d'être à bout. On se retrouve à bout de nerfs, au bout du rouleau à assister aux lancers de bouts de papier, à tout bout de champ. Au bout du compte, toutes ces incivilités mises bout à bout viennent à bout de notre bonne volonté. On ne tient plus le bon bout : on songe alors à mettre les bouts. Eux, ils en ont ras le bol de fournir des efforts pour répondre aux attentes et exigences de l'Institution. S'asseoir, éteindre son portable, écouter, se taire, lever le doigt, attendre son tour, réfléchir, chercher, critiquer pacifiquement, se tromper et refaire, recopier, produire, lire, mémoriser ... autant d'activités inédites et d'application à déployer pour cette jeunesse plus habituée aux genres du zapping et des SMS qu'aux modèles du travail assidu et des argumentations élaborées. " Le formatage " est parfois " trop galère ": alors ils explosent. Nous, on en a plein la patate de batailler pour éduquer aux valeurs civiques et au bien vivre ensemble. On implose d'aller sans cesse au front pour obtenir un climat de classe serein indispensable pour espérer enseigner, pour développer des habitudes et attitudes scolaires. Le conflit peut aussi trouver son fondement directement dans la relation que le jeune a entretenu avec la scolarisation. En effet, beaucoup des révoltés ont déjà derrière eux des années cahotantes d'enseignement au cours desquelles ils n'ont pas réussi à révéler leurs compétences et savoir faire. Ils n'ont pas pu s'épanouir dans ce cadre scolaire en mal d'adaptation. Ils se sentent mal car non adaptés au système scolaire et ils se vivent dévalorisés. Sans estime d'eux-mêmes, ils en deviennent aigris et virulents. En ruant dans les brancards, ils se cabrent contre une Institution qu'ils estiment injuste et coupable de leur désarroi et détresse. La violence comme anti douleur pour se préserver de nouveaux coups de bâton. Ils ne supportent plus leur échec scolaire. Ils ont " la rage " contre toutes ces difficultés d'apprentissage qui mettent tant de bâtons dans les roues à leur épanouissement personnel (cognitif, émotionnel et psychologique). Ils se rebellent pour survivre. Alors oui, j'ose tordre le cou à la prétendue idée d'une école égalitaire pour tous où régneraient en maîtres la différenciation pédagogique et les parcours individualisés. Ce n'est pas la vérité, la triste réalité est tout autre. Pour envisager de réels parcours individualisés, il faudrait accorder du temps à chaque élève, lui permettre de progresser à son rythme et l'étayer pour donner du sens aux apprentissages reçus. Avec 35 élèves par classe, la suppression drastique des réseaux d'aides et un enseignement par classe d'âge cela relève tout bonnement de l'utopie ou de la politique mensongère. Et pourtant si l'on écoute les jeunes en difficultés scolaires, ils sont remplis d'ambitions. Ils ont à cœur de faire preuve d'initiatives, de monter des projets. Faute de moyens humains et financiers, la société ignore ces honnêtes intentions, elle crée des laissés- pour- compte prêts à dégainer violemment leurs rancœurs pour échapper à une mort sociale. Que de conflits avec nos élèves, ces écorchés vifs ! Quelles souffrances de ne pas parvenir à tenir sa classe, à capter leur attention et leur intérêt, à faire cours... Echec mais pas mat ! Ils nous en font vraiment voir de toutes les couleurs. Je suis déjà passée par le rouge écarlate des joues suite à de rudes injures ou au contraire dû à de délicates attentions. J'ai aussi connu les nuances de bleu : celle de douloureuses blessures physiques atténuées par le bleu de ces regards émerveillés découvrant les beautés du monde. Et puis, comment leur en vouloir, nous avons tellement à nous reprocher... On souffre de ne pas parvenir à les sortir de leurs impasses. On aimerait tant les aider à grandir avec épanouissement dans cette société dont ils ont beaucoup à recevoir et à laquelle ils ont beaucoup à offrir. Malheureusement, l'Institution de l'Education Nationale est d'un piètre soutien sur nombre d'aspects. Elle se montre parfois si inapte à prendre en compte ce nouveau virage, ce nouveau défi vital au devenir de notre beau pays.

Le malaise chez les professeurs est pour une bonne part causé par la turbulence des élèves mais également par la sourde oreille de l'Institution. C'est ce second aspect que je vais traiter. Petite précision lexicale : par le verbe " traiter ", il faut comprendre " exposer " et non l'acception contemporaine signifiant " insulter " (bien évidemment, respect oblige ...). Cette partie sera plus courte car le temps presse et je dois aussi préparer mes cours pour la rentrée. Ah cette fameuse conscience professionnelle ! Mais pas uniquement, vif est le souhait d'apporter mon humble contribution à l'émergence d'une jeunesse bien dans sa tête et dans son corps ! Et il faut sincèrement être animé par ces objectifs car les directives et l'accompagnement de l'Institution auraient plutôt tendance à démotiver. Les propos de certaines hiérarchies se révèlent parfois (fort heureusement pas systématiquement) lâches, sournois et pernicieux. On note cette fâcheuse tendance à rejeter trop rapidement les difficultés scolaires des élèves sur le corps professoral. Echec scolaire : la faute à l'incompétence des professeurs. Au choix, au grand choix : ils n'ont pas assez d'autorité, ils ignorent les nouveautés pédagogiques diffusées grandement sur le site du ministère, ils manquent de réactivité, ils ne se remettent pas en question, ils ne font pas suffisamment preuve d'adaptation, ils ne fournissent pas d'effort pour comprendre la jeunesse, ils sont parasités par des problèmes d'ordre personnel... un inventaire aux cent failles pour un lynchage sans faille : à en défaillir de dégoût. Mais regardons la situation en face, sans faillir, osons mettre cartes sur table toutes les défaillances de l'Institution elle-même. Commençons par la sempiternelle question des programmes. Ils sont ô combien trop lourds et trop pesants. Si le poids des manuels dans le cartable peut être catastrophique pour le dos, que dire de la lourdeur des programmes pour le cerveau ! La somme des savoirs à assimiler est imbuvable en si peu de temps. L'apprentissage devient alors un fardeau voire un calvaire ! Toujours et encore des réformes et toujours plus de connaissances à dispenser. Les professeurs se mettent la pression et inévitablement elle rejaillit sur les élèves qui doivent ingurgiter des tonnes de données. A peine assimilée, une notion est évaluée puis une autre s'affiche au menu et ainsi de suite jusqu'à satiété ou écœurement. Cette boulimie est nocive pour l'équilibre de nos jeunes qui n'éprouvent aucun plaisir à apprendre. Ils boivent nos leçons, ils avalent des lignes de copie mais ils ne font que peu l'expérience de la vie. Ils goûtent rarement au bonheur de l'expérimentation et de la découverte, ils ne testent que modérément les échanges avec les pairs et l'adulte, le droit à l'erreur s'accommode mal avec le devoir d'excellence... De plus, on les oblige à consommer toujours davantage de savoirs, sans modération et souvent sans les accompagner d'un travail de réflexion critique. Attention ! Ce modèle est dangereux car il est calqué sur celui de la société de consommation. Rappelons que l'étape finale de ce système est la poubelle. Que l'avenir nous garde de voir jeter au rebut la culture ! Stoppons cette nouvelle forme d'inquisition ! Il faut opérer un tri sélectif dans les savoirs à enseigner, sinon ce sont les jeunes eux-mêmes qui feront le grand ménage. Ensevelis sous des montagnes de connaissances à assimiler, ils risquent de tout rejeter sans discernement. Or être libre c'est être informé, c'est être capable de s'interroger en confrontant des idées. Le stress mine les enseignants incapables de tenir tout le programme officiel, ils dégustent, ils culpabilisent et se dévalorisent à leur tour. Mais délivrer une encyclopédie de connaissances est-ce l'essentiel ? L'important n'est-il pas de susciter le plaisir d'apprendre et de développer l'esprit critique puisque ce sont bien là les processus fondamentaux qui seront mis en œuvre tout au long de la vie ? Il est urgent de vraiment clarifier le contenu du Socle Commun, de sélectionner rigoureusement les bases indispensables à dispenser et de mettre en exergue les Valeurs fondamentales tissant le lien social. Gardons à l'esprit (éclairé) qu' il est capital que la jeunesse thésaurise la richesse du Savoir et du Savoir Faire. A nos jeunes d'éprouver l'émerveillement, le bien être et la liberté émanant de ce lumineux trésor. Autre point à souligner concernant les difficultés relevant de l'Institution : l'investissement temporel. Ne parlons pas du temps réglementaire, lequel a le don de me hérisser les poils car si distant du vécu. Les autorités peinent à reconnaître à sa juste mesure le nombre d'heures effectivement effectuées par les professeurs. Cela engendrerait légitimement une augmentation salariale. Alors en haut lieu, ils préfèrent s'en tenir à la politique de l'autruche. Ne sont jamais comptabilisées les rencontres informelles, le matin, le soir, avec les parents (pourtant elles sont essentielles pour instaurer des relations de confiance et une co-éducation). Ni les déjeuners entre collègues transformés en concertations de travail. Ni les réunions PPS, PPRE, PAI [...] autant de sigles pour désigner autant d'incontournables réunions pour rédiger des projets d'aides. Ni les soirées avec l'association des parents d'élèves. Ni les évaluations à corriger, les fiches de prep à détailler, les livrets d'évaluations à renseigner... Ni les paperasses administratives à renvoyer lors des inspections. Plus et toujours plus pour en ressortir pressé au sens propre et figuré. Nous avons beau prendre l'air et des vitamines, nous ne sommes pas surhumains. Moins vaillants et donc moins disponibles pour nos jeunes survoltés, le cours peut vite tourner au vinaigre. Une remarque acide d'un élève et la moutarde peut vite nous monter au nez ou nous liquéfier. Ajoutons à ces tâches régulières et chronophages les mutations d'école et les nécessaires adaptations qui en découlent : appropriation des locaux, échanges avec les nouveaux collègues, changement de niveaux de classe souvent multiples. Angoisse, usure, surmenage... Mais l'Institution continue à se voiler la face [...] oups, c'est juste une expression... J'admets toutefois que ce choix n'est pas très judicieux. Il est pour le moins déplacé en cette période interdisant le moindre signe ostentatoire d'appartenance religieuse. Mine de rien, j'ai failli aller en terrain miné. Mea culpa, oups encore une bourde... enfin plus laïquement : excusez-moi. Je disais donc que l'Institution reste dans le total déni. Les enseignants craquent, les arrêts maladies se multiplient et la motivation du corps professoral en pâtit. Pourtant, pour affronter les attaques répétées de nos jeunes fauves en proie à leurs inquiétudes, il en faut de la sérénité, de la stabilité et de la santé morale et physique. Nos rebelles sont en quête d'épaules solides, d'oreilles attentives, de bienveillance et de conseils que seulement des enseignants reposés et éveillés peuvent fournir. A travers ces derniers propos, transparaît le fossé qui s'est creusé entre les professeurs et leur hiérarchie, laquelle ne voit pas ou refuse d'admettre les difficultés du terrain. Dans ce contexte, il n'est que peu envisageable de confier ses soucis à son inspecteur. Nombre de collègues a vécu les inspections comme un sale moment à passer, à endurer. Certains ont été cassés au lieu d'être soutenus dans la recherche de solutions pertinentes et concrètes. S'en suivirent alors honte vis à vis des collègues, perte d'estime de soi, gros doutes concernant la maîtrise des compétences professionnelles et interrogation sur l'avenir au sein du ministère... On leur a reproché de ne pas assez différencier, de ne pas adapter la séance aux difficultés de chaque élève ... Le professionnel est dénigré, il est rabaissé. Bien évidemment, hors de question de remettre en cause le système éducatif lui-même ! Purement inconcevable de toucher à la vénérable Institution dont les inspecteurs sont garants du bon fonctionnement. Force est de constater que dans la majorité des cas, les conseils prodigués par ces supérieurs ne sont guère très novateurs. Leurs discours peuvent s'avérer peu pertinents voire irréalisables. Ces bureaucrates se révèlent tout simplement démunis face à la dure réalité du terrain qui leur saute aux yeux et qu'ils ne devraient manifestement plus nier, ni ignorer avec un certain dédain et un mépris certain. Se côtoient la théorie idéologique et la pratique pragmatique. Ces deux sphères peinent (ou rechignent ? ) à se rejoindre car les situations vécues outrepassent les circulaires conventionnelles toujours en décalage et souvent trop angéliques. Contrairement aux professeurs à qui l'on ne fait aucun cadeau, des élèves bénéficient, dans certains établissements, d'un seuil de tolérance dépassant tout entendement. Ainsi j'ai vu des collégiens de SEGPA s'adonner au chahut, se livrer à des altercations verbales et physiques sans la moindre once de crainte. La sanction, même pas peur ! Cela ne leur faisait ni chaud ni froid d'être collés. En effet, ils reconduisaient un scénario identique dans la salle de retenue qu'ils chauffaient à bloc par leurs invectives. L'exclusion n'était pas non plus une solution efficace car ils étaient trop heureux de retourner chez eux vaquer à leurs occupations favorites. De toute manière ce dispositif était rarement déployé, la direction jugeant risqué de les renvoyer chez eux où ils allaient retrouver leurs réseaux relationnels souvent peu recommandables. Nombreux les cas de parents ne voulant plus accueillir leur progéniture, ils n'en pouvaient plus. Ils ne savaient plus comment gérer les crises, l'omnipotence et l'irrespect de leur enfant. Certains avaient baissé les bras face au défi apparemment insurmontable de l'Education. En souffrance et si démunis, ils avaient besoin d'être guidés dans leur mission d'éducation parentale. Au final, les jeunes déviants restaient dans l'établissement comme si de rien n'était. Ils éprouvaient alors un sentiment d'impunité et de toute puissance. Et l'enseignant d'être une nouvelle fois discrédité, dans une impasse éducative, blessé moralement et donc déprimé. Malgré toutes ces lacunes, je crois encore fermement en une Education Nationale pour tous, permettant à tous les jeunes de se découvrir et de devenir des citoyens épanouis, solidaires, libres et responsables. Pour cela, donnons les moyens en personnel humain à chaque être en formation. Pour ne pas s'éparpiller et perdre en route une partie du convoi, revoyons les priorités à assigner à l'enseignement ( les valeurs à transmettre, les méthodes à maîtriser, les savoirs indispensables à mémoriser). Instaurons des temps pour construire des projets collectifs faisant appel à la concertation, à l'entraide, au respect des différences. Remettons le plaisir dans l'acte d'apprendre. Sortons des murs pour permettre de percevoir, de ressentir, de vivre pleinement les choses et ainsi de se forger des expériences inoubliables et indélébiles. Formons les professeurs aux évolutions de la société (apports en psychologie et sociologie de l'enfant et adolescent, propositions de démarches pédagogiques innovantes ou éprouvées...). Les récentes directives pour la nouvelle année approchent quelques unes de ces suggestions. Elles semblent aller dans le bon sens pour ne pas tourner en rond. Puissent elles ne pas perdre le nord lors de leur mise en œuvre ! Dans l'immédiat, cap sur la rentrée et bon vent !
Derniers messages : ne demandons pas à nos jeunes d'être les meilleurs mais exigeons qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Ne cherchons pas à faire rentrer nos jeunes dans un moule sociétal trop étroit au risque d'appauvrir les recettes de la collectivité. Avec nos différences construisons tous ensemble un monde riche de sa diversité, élevons un bel avenir harmonieux et radieux.

P.S : Le remède anti-déprime : la musique ! N'adoucit-elle pas les mœurs ? Finalement reprenons tous en chœur " Que c'est beau , c'est beau la vie ! "

2. Posté le 30 juillet 2016 à 01h31 par maindron


Haro sur le baudet!

Une remarque d'un de mes inspecteurs: " le premier devoir d'un fonctionnaire, c'est l'obéissance".

Le plus terrible c'est la connivence des collègues qui assistent complice à l'hallali, avec un regard vide " c'est un mauvais prof!"!!!

C'est tout juste si l'administration ne le met pas dans un cul de sac de l'établissement pour qu'il puisse souffrir sans emmerder personne...

J'ai lu ce fait divers: un prof s'était immolé par le feu dans son établissement , ça n'a fait réagir personne, comme ceux qui se font poignarder par leurs élèves.... De mauvais profs sans doute!

1. Posté le 13 juin 2016 à 11h16 par lionel93


Un mot - verrière -

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